eTwinning : des CM2 co-créent une oeuvre mémorielle à l’aide du numérique

Des élèves de CM2 venant de 5 pays différents (France, Écosse, Allemagne, Pologne, Belgique flamande) ont coopéré grâce à eTwinning, à la création d’une « œuvre mémorielle » sous la forme d’un carnet de guerre artistique alliant expression littéraire, plastique et numérique et traduisant le travail d’appropriation de l’héritage contemporain de la Grande Guerre. Retour d’expérience de Béatrix Vincent, conseillère pédagogique à l’école primaire Victor Schoelcher, Montpellier.

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Points-clés

  • Nom du projet : Let’s celebrate the centenary of WW1
  • Projet pédagogique : Découverte de la 1ère guerre mondiale à travers le numérique
  • Objectifs pédagogiques : Autonomie, compétences sociales et civiques, compétences en TICE, coopération
  • Responsable du projet : Béatrix Vincent, conseillère pédagogique
  • Date et durée du projet : 2013/2014 (5 mois)
  • Établissement :  Ecole primaire Victor Schoelcher, Montpellier
  • Niveau scolaire : CM1
  • Matière : Histoire, géographie, instruction civique, anglais, allemand, français, musique, TICE, arts visuels
  • Outils et ressources numériques : Twinspace d’eTwinning (blog, contenu web, galerie d’images), blabberize (pour créer des “photos parlantes”), thinglink (pour créer un poster interactif de l’Europe), Audacity (pour enregistrer les descriptions des personnages par les élèves ainsi que les chansons de l’époque), Windows movie maker (pour créer un diaporama musical retraçant le travail d’imprégnation fait en amont de la production finale (“making of”)), Prezi (pour présenter la production finale).

Contexte et objectifs pédagogiques

Contexte

Le projet a été mis en place en décembre 2013 avec pour objectif pédagogique de transmettre aux plus jeunes la mémoire des combattants de la Grande Guerre et plus largement, dans le cadre de la Mission Centenaire de la guerre 14-18, de sensibiliser les élèves à l’héritage contemporain de ce conflit européen et mondial.

Objectifs pédagogiques

Les actions mises en place permettent aux élèves de découvrir l’histoire de la 1ère guerre mondiale et de communiquer avec des enfants et enseignants de pays différents.

  • Culture humaniste : connaître et mémoriser les principaux repères chronologiques, événements et personnages emblématiques de la première guerre mondiale, repérer les différents pays engagés dans le conflit sur une carte, avoir des repères littéraires et établir des liens entre les textes lus, pratiquer les arts et avoir des repères en histoire des arts, interpréter de mémoire une ou plusieurs chansons de l’époque de la grande guerre.
  • Compétences sociales et civiques : connaître les principes et fondements de la vie sociale et civique.
  • Autonomie et esprit d’initiative : s’impliquer dans un projet collectif.
  • Pratique d’une langue vivante étrangère : faire se présenter des personnages emblématiques de l’époque (description physique).
  • TICE : produire un document numérique, utiliser l’outil informatique pour présenter un travail, chercher des informations par voie numérique, échanger avec les TIC.

Acteurs clés du projet

  • L’enseignante de la classe, Marjorie Peyre
  • Les collègues enseignants de 6ème
  • Les classes de correspondants (Écosse, Allemagne, Pologne, Belgique flamande) et leurs enseignants respectifs (Cathy Francis, Isolde Dreischl, Magdalena Mazur et Eddy Vleugels)
  • L’ONACVG de l’Hérault
  • La conseillère pédagogique de la circonscription (apport de ressources, aide technique et pédagogique)

Etapes clés du projet

Les élèves de 5 pays (10-12 ans, France, Écosse, Allemagne, Pologne, Belgique flamande) ont coopéré à la création d’une « œuvre mémorielle » sous la forme d’un carnet de guerre artistique alliant expression littéraire, plastique et numérique et traduisant le travail d’appropriation de l’héritage contemporain de la Grande Guerre :

  • dans une première partie, le contexte en Europe est présenté à partir d’une carte et de quelques photos parlantes (utilisation du logiciel blabberize) de personnages emblématiques de cette époque, qu’ils soient issus du domaine politique, scientifique ou artistique.
  • dans une seconde partie, nous avons présenté un Poilu de notre région, quelques éléments biographiques et imaginé la correspondance qu’il aurait pu avoir avec sa fille, à l’occasion de la trêve de Noël (production d’écrits et d’illustrations).
  • enfin, dans un troisième temps, nous avons présenté le travail d’imprégnation que nous avons mené sous forme d’un diaporama accompagné de la chanson de Craonne (un chant de guerre pacifiste) : lecture d’albums, visionnage de films, visites de lieux de commémoration et d’exposition, échange de fleurs symboles du souvenir, rédaction d’exposés, etc.

Pour cela, nous avons d’abord convenu que les élèves échangeraient des fleurs en papier, symboles du souvenir (coquelicots en Écosse, bleuets en France, marguerites en Belgique, myosotis en Allemagne) et diverses références bibliographiques et sitographiques sur cette époque.

Puis, nous avons décidé de créer des cartes d’identités de personnages emblématiques de cette époque afin de constituer un jeu de « qui est-ce » et travailler la description physique en langue étrangère (anglais et allemand), enfin de fichiers audio des descriptions de ces personnages, chacun s’exprimant dans sa langue maternelle de façon à créer des photos parlantes qui ont été placées sur une carte d’Europe interactive avec les outils blabberize et thinglink). Enfin, nous avons compilé ces différents éléments dans une présentation Prezi.

Photos parlantes de Churchill qui se décrit en s’exprimant dans sa langue maternelle.
Photos parlantes de Churchill qui se décrit en s’exprimant dans sa langue maternelle.

Pour en arriver là, il y a eu d’abord un long travail d’imprégnation :

  • Histoire : des séances sur la violence du XXème siècle et notamment ce conflit mondial leur ont permis de bien comprendre à la fois le contexte, les tenants et les aboutissants de cette période.
  • Maîtrise de la langue française : les élèves ont lu et travaillé des albums (plusieurs livres de littérature de jeunesse ont été abordés : « le petit soldat qui cherchait la guerre » de Mario Ramos, « zappe la guerre » de PEF, « l’ennemi » de Davide Cali », « les deux soldats » de M. Piquemal, “La trêve de Noël” de Michael Morpurgo, “Le pacificateur” de Thierry Dedieu, “Le phare des sirènes” de Rascal, extraits de “Paroles de poilus”. Certains ont fait l’objet de débat interprétatif, d’autres de lecture experte ou autre exploitation pédagogique). Ces textes, sur fond de première guerre mondiale, suscitent la réflexion, montrent l’absurdité de la guerre, mettent en exergue l’affection qui lie les soldats et leurs proches, des livres porteurs d’espoir en somme.
  • Musique : ils ont appris et chanté “la chanson de Craonne”, Chanson populaire et contestataire, créée et chantée par les soldats français durant la Première Guerre mondiale, entre 1915 et 1917 et “la butte rouge”, une chanson pacifiste.
  • Arts visuels : La signification du bleuet et du coquelicot, symboles du souvenir a été abordé (les partenaires eTwinning anglais nous ont envoyé des photos de “poppies” qu’ils ont confectionnés). Ils ont également dessiné des soldats en respectant les uniformes des pays impliqués dans le conflit et ont travaillé sur la symbolique du bleu et du rouge à partir des illustrations d’albums lus et sur l’expression des émotions (violence des combats d’une part et douceur des sentiments de lien aux proches d’autre part).
  • Compétences sociales et civiques : un travail a été amorcé sur le rôle et l’image de la femme pendant la guerre, dans le cadre de l’égalité filles-garçons (itinéraires de citoyenneté).
  • A deux reprises (nov-déc puis fév), ils ont bénéficié du prêt l’exposition de l’ONACVG sur la Grande Guerre,
  • Ils ont visionné différents films, documentaires sur 14-18 (« Joyeux Noël » de Guillaume Canet, “Cheval de guerre” de Spielberg, « C’est pas sorcier »)
  • Ils se sont rendus sur des lieux de commémoration (monument aux morts, statue de J. Jaurès, stèles aux victimes)
  • Ils ont visité le site internet des archives départementales afin de trouver le nom d’un Poilu. Notre premier critère de sélection était qu’il ait vécu à Montpellier. Suite à cette première sélection, nous avons choisi M. Combecal pour différentes raisons :
    • il a vécu Rue de Candolle dans le centre de Montpellier et les élèves pourront voir exactement où la rue se trouve en 1914.
    • il a une fille de 11 ans (soit l’âge des élèves de la classe) avec qui il correspond, ce qui a aidé les enfants à s’identifier à cette enfant.
    • les archives départementales conservent de nombreux courriers qu’il a échangés avec sa femme et sa fille.

Ils ont imaginé, rédigé et illustré la correspondance épistolaire qu’un Poilu de notre région aurait pu avoir au moment de la trêve de Noël avec sa fille de 11 ans.

twinspace

Principaux apports du projet

Tangibles (ex : un blog, un livret, etc.)

Intangibles (ex : une ouverture de l’établissement sur l’environnement local, etc.)

  • Amélioration des connaissances, des repères clairs et solides sur cette période. Les élèves ont été évalués dans le cadre habituel des enseignements. Grâce au travail de médiation à partir des albums, les élèves ont été amenés progressivement dépasser les concepts de gagnant/perdant de la guerre.
  • Le centenaire de la première guerre mondiale a aussi été le fil conducteur de la liaison entre notre école et le collège dans lequel les élèves poursuivront leur scolarité. Lors d’une visite au collège, le 22 avril, les élèves ont travaillé :
    • avec le professeur d’arts plastiques à partir d’ouvrages qui présentent entre autres des dessins, des croquis d’humour et des lettres d’amour entre des hommes plongés dans la guerre et des enfants qui grandissaient loin d’eux.
    • avec les professeurs d’anglais, sur le lexique et les structures nécessaires à la description physique + les vêtements + les métiers à partir de « cartes d’identité » de personnages emblématiques de l’époque de la grande guerre (qu’ils soient des hommes politiques, artistes, scientifiques) pour mener un jeu de « qui est-ce ».
    • avec le professeur-documentaliste, sur la contextualisation : à partir de leurs recherches les élèves ont élaboré une frise thématique sur la condition de la femme, des jeux et jouets, les moyens de communication, les transports, les métiers, les arts, la vie quotidienne, la mode, les affiches publicitaires de l’époque. (Intervention dans la classe de CM2 du professeur documentaliste pour initier un travail de recherche documentaire avec supports apportés en classe. Puis venue des CM2 au CDI (2h) pour finaliser / présenter le travail).
    • avec les professeurs de français, sur une planche de Paroles de Poilus, “mon Papa en guerre” (celle de l’instituteur qui cherche une maxime patriotique à écrire au tableau). Travail de lecture analytique de la bande dessinée avec analyse des images (les couleurs) et des citations, sur les notions de narrateur, de point de vue (ce que dit la formule de propagande, ce qu’elle évoque pour l’instituteur ancien poilu), sur la notion de propagande (comment donner une portée générale à une phrase, comment persuader le public – impératifs, apostrophe…), sur le « présent de vérité générale » (mise en place de la notion + petits exercices d’écriture à partir d’une structure de phrase donnée).

Ils ont pu montrer à cette occasion à quel point ils avaient bien assimilé les contenus abordés à l’occasion de ce projet. Cliquez ici pour en savoir plus.

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